Un jeudi matin sur la Terre...
9H15. Un homme prend son vélo pour aller acheter son pain, comme tous les matins. A la boulangerie, il rencontre quelqu'un de connaissance, comme souvent, discute quelques minutes, puis remonte sur son vélo pour rentrer chez lui. Sa femme l'attend, ils iront ensemble promener le chien, comme ils le font depuis des années.
9h20. Il roule tranquillement sur le boulevard qui mène chez lui. Il prend tout son temps.
9h30. Il approche de l'entrée du lotissement où il habite.
Il ne rentrera pas chez lui. Une voiture qui le suit le percute. Il atterrit sur le capot de la voiture, puis est projeté contre le sol. La conductrice (82 ans) ne freine pas. L'homme à terre se retrouve coincé sous le pare-choc de sa voiture. Elle le traînera ainsi sur quelques mètres avant d'immobiliser son véhicule.
Les pompiers arrivent. Trop tard. L'homme est mort sur le coup. Juste devant sa rue. Sa femme et son chien l'attendaient.
Cet homme c'était un de mes oncles, il avait 72 ans...
Etant incapable de trouver mes propres mots pour exprimer ma tristesse face à cette perte si brutale, j'emprunterai ce poème de Wystan Hugh Auden (traduit en français par Danièle Robert) :
Blues funèbre
Arrêtez toutes les pendules, coupez le téléphone,
Avec un os à moelle empêchez le chien d'aboyer,
Faites taire les pianos et au son du tambour voilé
Sortez le cercueil, laissez passer le cortège funèbre.
Que les avions vrombissent au-dessus de nos têtes,
Inscrivent dans le ciel la nouvelle : Il Est Mort,
Mettez des noeuds de crêpe au cou blanc des pigeons des places,
Que les agents de police portent des gants de coton noir.
Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail et mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma conversation, ma chanson,
Je pensais que cet amour-là allait durer toujours : j'avais tort.
Les étoiles sont de trop désormais ; ôtez-les toutes ;
Remballez la lune et démantelez le soleil ;
Videz l'océan et balayez la forêt ;
Car plus rien maintenant ne peut arriver d'heureux.